Le peuple n’est pas une multitude amorphe, une masse inerte à manipuler et à exploiter, mais un ensemble de personnes dont chacune — « à la place et de la manière qui lui sont propres » — a la possibilité de se former une opinion sur la chose publique et la liberté d’exprimer sa sensibilité politique et de la faire valoir en harmonie avec le bien commun. art. 385 du Compendium de la Doctrine Sociale de l’Église.
Les enseignants rencontrés dans ma médiocre scolarité m’ont toujours asséné qu’un texte, quel qu’il soit, ne doit jamais débuter par une citation. Encore une fois, je ne les écouterai pas. Peut-être aurais-je du et serais-je autre chose qu’un conducteur-livreur à 45 ans, dans une province désertée. Noble métier au demeurant et surtout très utile, essentiel, à la grande famille du commerce mondial. Et s’il est assez ingrat, il permet toutefois de se frotter à la réalité humaine, bien plus que derrière n’importe quel écran. Comme pour toute activité, le numérique est un bel outil ; mais sans matière à travailler un atelier aussi complet soit-il n’est qu’un décor qui ne crée rien.
Se frotter aux clients de toute sorte, à l’intrigante vie de l’entreprise, aux autres petites mains d’autres secteurs qui galopent sur les routes pour les autres, être un simple rouage et en avoir conscience : voilà une source d’enseignement. Encore faut-il vouloir être enseigné. Un hamster qui court dans sa roue a-t-il envie d’en être avisé ? Il est souvent bien plus sécurisant, moins risqué, plus confortable, que de continuer à courir, même si l’on ignore pourquoi. Quel rapport avec l’Église ? Quel place pour Dieu dans tout cela ?

Simplement, très simplement, comme un perdu emporté par le flot d’un torrent en crue, il suffit de lever les yeux pour découvrir la branche qui surplombe les eaux et à laquelle on peut s’accrocher pour échapper à la noyade. Il en va ainsi de l’existence : le choix, celui de lever les yeux, celui de tendre les bras, celui d’être sauvé. Et une fois les pieds au sec, il ne s’agit pas de tourner le dos à ceux qui surnagent encore ; les interpeler simplement peut parfois suffire à ce qu’à leur tour ils lèvent les yeux.
Mais qu’ai-je donc à raconter de si important, de si différent, pour m’autoriser à demander un peu de votre temps et de votre attention ? Je ne suis pas un expert, je ne suis pas une pointure dans aucun domaine, je n’ai pas vécu d’aventure extraordinaire ni de malheur suffisamment ignoble . Je suis simplement sur le chemin, à un point quelconque, après m’être perdu souvent, connu de monotones lignes droites et quelques arrêts forcés. Mais je continue à regarder l’horizon, là où le ciel et la terre se rejoignent et où nous finirons tous par arriver.
Ces quelques paragraphes ne sont évidemment pas le cœur de la réflexion (et de l’action) que je souhaite exposer et ils seront suivis par bien d’autres (si je ne tourne pas le dos au don de persévérance et à la vertu de discipline). Il me semblait simplement bon d’introduire le pourquoi de ce blog et d’où je parle. Sans pour autant me justifier de m’exprimer : cet atavisme propre aux petites gens n’est plus le mien. Douceur et humilité : oui. S’excuser d’exister et de réagir : non. Dieu fait homme a lui aussi ressenti la tristesse et la colère ; l’imiter est notre vie en transformant cela en joie de l’espérance.

Prends la parole en faveur du muet, pour la cause de tous les affligés ; prends la parole et dis le droit pour la cause du pauvre et du malheureux ! Proverbes 31, 8-9
Il est d’autant plus simple de prendre parti de ceux dont on partage l’existence et la façon de vivre. Et si chaque jour je mange à ma faim et je dors à l’abri, il m’est difficile de continuer à regarder défiler (et à marcher avec) les colonnes de zombies qui n’ont que le mur du matérialisme en ligne de mire.
Corps et âme sont indissociables, l’un et l’autre ne peuvent vivre de façon indépendante. Et c’est des deux qu’il faut prendre soin. Et quelle meilleure place que celle du plouc de campagne pour tenter de nourrir ceux qui en ont besoin ? Nourrir les corps certes grâce aux richesses de la Création mais aussi les esprits. En quoi serions-nous privilégiés, nous les simples manœuvres ? Comment un tâcheron peut-il prétendre à se poser en « donneur de leçons de vie » ? Simplement en mettant à profit le mal pour en faire un bien : être mis à l’écart de la fête (mais pas trop loin pour que nous puissions amener les bouteilles sur les tables avant de vider les poubelles) permet de l’observer et d’en comprendre les mécanismes et les enjeux. Le proverbe dit qu’aucun roi n’est plus grand que son valet. Reste à juger de ce que ce valet fera de ce pouvoir.
J’ai gardé le titre proposé par l’éditeur du blog : Hello world ! Bonjour le monde oui. Car il est un temps pour apprendre, pour endurer, pour expérimenter, pour se tromper. Et si ce temps n’est jamais terminé, il se double d’un autre, celui de transmettre. Pour aider.
C.