Résolution

La tradition veut que la nouvelle année débute par la formulation des vœux. Je n’y déroge pas et je vous les présente donc : une bonne année et une bonne santé ! Et que la Providence vous soit du meilleur secours. Ces vœux ne sont d’ailleurs jamais que la redite de notre prière quotidienne : « que ta Volonté soit faite, sur la terre comme au ciel ». Car comme me l’a rappelé l’Abbé Noël lors de mon retour à la Foi il y a plus d’une décennie, « n’oublie pas que Dieu n’attend qu’une chose, c’est que nous soyons heureux« . Mais comment faire ?

Le CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, excellent dictionnaire en ligne) nous apprend que le sens du mot RÉSOLUTION a évolué dans le temps. D’abord « dissolution, réduction d’un corps en ses éléments »(1275-80), le mot a ensuite exprimé le « retour d’un organe tuméfié à un état normal » (1314) puis le « fait de se déterminer, décision » (1480 ) mais également le « relâchement (d’une tension) » (1572). Prendre une (bonne) résolution reviendrait donc à décomposer un élément -un comportement problématique par exemple, à l’analyser pour délier le nœud qui nous bloque. Le tout avec fermeté et surtout pour retrouver un état originel. Se résoudre c’est donc (se) réparer avec énergie. Quelle meilleure définition de la part humaine1 insufflée par notre Créateur au sein de la Providence ?

Reste à savoir quelle voie emprunter ? Mais n’est-ce pas pour cela que nous nous souhaitons rituellement -et sincèrement- « bonne santé » ?

Qui va trinquer ?

Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous ? 1 Co 6, 19

Saint Paul parlait d’abord là de débauche. Et s’il s’adressait aux païens de son temps, cela demeure un sujet hautement contemporain et sur lequel on pourra longuement revenir. Mais la débauche n’est pas le seul péché contre le corps. Excusez-moi par avance de parler crûment, mais commençons par arrêter de nous remplir de merde ! Oh, ce n’est pas évidemment de notre seul fait. Les jardins d’antan ont été confisqués en échange d’un « pouvoir » d’achat bêtement gagné et obligatoirement dilapidé contre des produits bas-de-gamme au supermarché. Nos marches quotidiennes pour aller travailler ont été remplacées par une obligation de rester assis et compensées par des parcours-santé artificiels (du moins pour ceux qui ont encore l’énergie de bouger après leur journée de travail).

Quant à la santé mentale, nos échanges -dans la rue, dans un café, dans les transports, partout ! – se cantonnent désormais à tapoter sur un écran après avoir été gavé d’images idiotes, violentes et loin d’être édifiantes (et ne croyons pas que le danger de régression cérébrale ne concerne que les jeunes générations, toutes sont concernées par l’abrutissement causé par les « contenus »). Quoi qu’il en soit, comme disent les anglais, si tu te jettes dans un puits, l’heureuse Providence n’est pas tenue de venir t’y chercher.

Certes, la santé ne dépend pas que de nous : nos gênes2, nos conditions de vie, notre rythme, un inconnu malfaisant, un imprévisible : rien de tout cela ne peut être prévisible. Pour autant nombre d’efforts sont à entreprendre par nous-mêmes. Doucement, progressivement, avec mesure, quotidiennement, avec persévérance. Comme le sport ou la prière, rien ne sert de vouloir aller trop vite ; la pleine santé physique ou spirituelle ne s’acquiert que dans la durée.

Comment faire me direz-vous ? A cette question, je ne peut qu’inciter chacun à rechercher par lui-même, en usant du bon sens. Par exemple, si vous ne comprenez pas les mots qui figurent sur la composition du produit que vous tenez en main, alors ne le mangez pas. Et si vous cuisiniez plutôt aujourd’hui ? L’internet est un outil puissant qui ne regorge pas que d’inepties, sachons l’utiliser. Et plutôt que d’y chercher la meilleure photo du plat dont on rêve, prenons la première recette qui nous paraît réalisable selon nos capacités et mettons nous au fourneau ! Le plaisir ne doit pas être dissocié de l’effort. Comme pour la prière. Ceux qui se ressourcent dans l’Adoration silencieuse, dans une église, la campagne ou simplement le ronronnement feutré de son domicile, comprendront sans mal.

Attention cependant à ne pas s’en vouloir de chuter de nouveau. Nul n’est infaillible, nul n’est parfait. Ceux qui prétendent l’être sont soit des menteurs, soit des monstres. Un saint véritable ne s’affichera d’ailleurs jamais comme sans failles, sans doutes ou sans péché. Tomber fait partie de notre nature. C’est bien pour cela que nous avons besoin de l’exemple du Christ, pour nous aider à nous relever. C’est bien pour cela que nous avons besoin de l’Amour du Père pour nous réparer. Voilà à quoi sert le sacrement de Réconciliation. Je sais que je retomberai, je fais tout pour ne pas que cela advienne, mais si cela devait arriver, Dieu m’ouvrira les bras si je suis sincère dans mon désir de changement. Refuser la tentation c’est aussi refuser ce soda, cet apéro, cette junk food. Et comme pour les mauvaises pensées, réussir à les éloigner fait parfois grogner mais remplit ensuite de tant de satisfaction et de joie.

Frappez et l’on vous ouvrira.

Dans un temple, on sanctifie le Seigneur. En sanctifiant notre corps, nous refusons l’idolâtrie prônée par la culture actuelle, c’est-à-dire que nous ne cherchons pas à « sculpter » notre physique pour le mieux le vénérer ou le faire vénérer. Non, nous le révérons comme saint, comme un cadeau qui nous a été fait et nous nous attachons à le rendre saint en l’épargnant des fautes évitables.Cela n’est pas simple et pourtant cela est si simple, comme pour la mise en œuvre de l’enseignement que Jésus nous a prodigué. Le premier pas est souvent le plus dur, sous les ricanements des méchants ou des peureux lorsqu’ils entendent « Je suis catholique pratiquant » ou lorsque vous leur dites « J’essaie d’arrêter de fumer ». Combien chercheront à vous décourager, certains parce qu’ils ont sciemment choisi le mauvais camp, d’autres parce qu’ils ont renoncé à réussir par crainte ou par résignation, d’autres encore parce qu’ils ne croient pas à la lumière…

Mais le respect de soi, de cette partie de la Création que nous sommes, commence aussi par s’affirmer, pour son propre bien et aussi pour obtenir le respect des autres (le respect, non leur assentiment). La dignité en va ainsi. Et les ricanements cessent devant quelqu’un qui reste ferme. L’exemple fait parfois des miracles. Quant à ceux qui remplaceront l’ironie par la dureté et la méchanceté pour vous convaincre d’abandonner votre santé : vous aurez compris quel maître ils servent (Mt 12, 26).

Bonne énergie à tous pour cette année 2026 et invoquons l’Esprit Saint pour qu’il nous accorde la Vertu de Persévérance.

Te Deum laudamus,
te Dominum confitemur.

C.

  1. « La divine Providence, ce sont les dispositions par lesquelles Dieu conduit ses créatures vers l’ultime perfection à laquelle il les a appelées. Dieu est l’auteur souverain de son dessein. Mais, pour sa réalisation, il utilise aussi la coopération de ses créatures. En même temps, il leur donne la dignité d’agir par elles-mêmes et d’être causes les unes des autres ». §55 du Compendium du catéchisme de l’Église Catholique ↩︎
  2. Combien de fois entend-t-on : « Il suffit d’avoir de la volonté » ?L’assertion prête à sourire quand on sait que le patrimoine génétique joue sur les comportements addictifs et compulsifs autant que les conditionnements psychologiques passés et présents. ↩︎

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