VISIONS D’UN PLOUC CATHOLIQUE
  • Fleuris là où tu es né !*

    Dans mon village de 150 âmes, je ne connais aucun chrétien. Certes je ne connais pas tout le monde (et pourtant, 150 personnes ce n’est pas énorme) mais dans mon travail -où je connais un bon millier de personnes par leur prénom et quasiment tout de leur existence, je ne suis même pas sûr de pouvoir citer vingt catholiques pratiquants1. « Ah, vous êtes d’Église ? » s’étonnent certains comme si nous sortions d’une contrée exotique ou que nous étions de gentils farfelus. C’est le côté positif. « Toi tu vas à l’Église ? » s’offusquent d’autres avec dégoût ou mépris, par pur matérialisme (par militantisme militant ou par refus d’être dérangé dans sa confortable illusion consumériste). Rien de nouveau dans ce constat, à la campagne comme en ville. Tout ceci a déjà été dit, bien mieux dit et sans l’acidité qui saupoudre les phrases que vous venez de lire.

    Alors pourquoi y revenir ? La France : « miroir de la chrétienté » rappela le Pape Pie VI en 1793 alors que la République était en proie à la violence. Il exhortait ainsi le pays à ne pas oublier l’exemple qu’il avait été pour le monde entier. 200 ans de sécularisme après, les raisons ont certes changé mais cet état d’Europe reflète encore la situation dans laquelle se trouve les croyants. A gauche, certains souhaitent finir le travail de destruction entamé sous la Terreur avec la brutalité des premières années du XXe siècle. De l’autre côté, des politiciens se revendiquent chrétiens et défenseurs de la chrétienté sans guère en appliquer les valeurs fondamentales ni même s’opposer au structures de péché qui ordonnent nos existences. Entre les deux, nous tentons d’exister, de témoigner, avec la diversité qui est celle des fidèles. Là non plus, rien de nouveau sous le soleil.

    Tout ceci n’est qu’un simple constat. Il est important de le connaître, mais rien ne sert de s’y appesantir. Le présent et la réalité sont entre nos mains. Nous connaissons les menaces : celles du dehors, succinctement décrites plus haut et celles du dedans, les tensions et débats qui agitent et animent nos diocèses jusqu’à Rome. Fuir, répondre avec la brutalité à laquelle nous sommes confrontés, se durcir, faire l’autruche, se faire discret : voilà bien des comportements que nous adoptons au quotidien. Sont-ils pour autant les bons ? La réponse est dans la question. Il ne s’agit pas pour autant de se flageller pour notre lâcheté, notre peur ou notre colère. Nous sommes humains et cela implique que nous ne réagissons pas toujours comme notre Foi impliquerait que nous le fassions. Mais Pierre et Paul nous ont aussi montré que la trahison, la méchanceté ou l’erreur ne sont pas irrémédiables. La Raison est un outil que Dieu nous a donné pour examiner notre conscience -chaque soir pour ceux qui veulent prendre le temps de persévérer dans la conversion.

    « Tu préfères avoir des remords ou des regrets ? » se questionnent les adolescents en cours de construction. Ni l’un, ni l’autre aimerais-je répondre si l’on me posait aujourd’hui la question. Ni regret, ni remords : le choix doit être fait avec discernement et s’imposer ensuite avec fermeté (et fermeté n’est pas dureté).

    Que votre parole soit “oui”, si c’est “oui”, “non”, si c’est “non”. Ce qui est en plus vient du Mauvais. Matthieu 5, 37

    Mais quel rapport avec le miroir de la chrétienté ?
    La France a une expérience pluricentenaire du matérialisme étatique et idéologique, ouvertement hostile à la chrétienté et à l’Église catholique en particulier. La nature de ce culte des objets change et le pays s’américanise, non pas en ayant recours à cette spiritualité tapageuse qui est typique de nos cousins d’outre-Atlantique, mais en adoptant le mode de vie consumériste comme charpente de l’existence -et les dérives numériques liées. Mieux vaut demeurer innocent que de pouvoir s’enorgueillir d’avoir vécu une vie de patachon. Mais tous n’ont pas cette chance et être tombé dans mille pièges peut au moins avoir une vertu : permettre à certains d’éviter les écueils et à d’autres de sortir de ces chausse-trappes. Aider nos frères et sœurs et ensuite œuvrer ensemble. Doit alors être creusé le sillon dans lequel le semeur jettera les graines. Nous devons être une bonne terre (Mt 13, 1-9).

    Mon fils, ne sème pas dans les sillons de l’injustice, de peur d’en récolter sept fois plus. Si 7, 3

    Pour ce faire, il nous faut l’enrichir. L’enrichir par notre Tradition, la rappeler, sans pour autant céder à la nostalgie ou à la réaction. Certaines voix appellent à réformer l’Église pour la faire concorder aux standards de notre temps. Le vrai travail consiste en réalité à créer les conditions de lui permettre de vivre dans notre époque. Sacré programme ! Il commence par soi-même. S’enraciner dans la Foi et dans une terre pour montrer la fermeté de notre attachement à la Parole et notre volonté de la faire fructifier. S’attacher à ce qui a fait de nous ce que nous sommes, notre passé individuel ou notre Histoire collective, le bon comme le mauvais, n’est pas un repli mais bien une manière de témoigner. Témoigner que le salut est parvenu jusqu’aux extrémités de la Terre, y compris les plus hostiles.

    C.


    * Paroles de Saint-François de Sales.

    1. Dans les catholiques pratiquants, je compte les personnes qui vont au moins à la messe le dimanche. Si j’ôtais les personnes qui ne prient pas, ne lisent pas l’Evangile, ne pratiquent pas les oeuvres de miséricorde ou pire, se réclament de l’Eglise et vouent ouvertement un culte à Mammon la semaine (avec les pratiques anti-humaines que cela implique), une main me suffirait. Il va sans dire que les exemples donnés ne prétendent pas établir une définition précise de ce qu’est un pratiquant. ↩︎
  • Plouc et prophète

    Lecture du livre du prophète Amos (Am 8, 4-7)

    Écoutez ceci, vous qui écrasez le malheureux pour anéantir les humbles du pays, car vous dites :
    « Quand donc la fête de la nouvelle lune sera-t-elle passée, pour que nous puissions vendre notre blé ? Quand donc le sabbat sera-t-il fini, pour que nous puissions écouler notre froment ? Nous allons diminuer les mesures, augmenter les prix et fausser les balances. Nous pourrons acheter le faible pour un peu d’argent, le malheureux pour une paire de sandales. Nous vendrons jusqu’aux déchets du froment ! »
    Le Seigneur le jure par la Fierté de Jacob :
    Non, jamais je n’oublierai aucun de leurs méfaits.

    Notre époque a beau se considérer comme l’aboutissement d’un progrès autoproclamé, ce qu’Amos décrit là n’a pas changé. Seule la forme a évolué : les augmentations de prix sont justifiées par la « science » économique, les sandales ont été remplacées par des baskets chinoises échangées dans une zone commerciale contre un bon d’achat généreusement offert par l’employeur et la vente des déchets de froment est présentée comme un gain de pouvoir d’achat. Négliger les pauvres tout en leur faisant la morale, agir durement en se présentant comme bienveillant : les méchants non plus n’ont pas changé.

    Amos les dénonçait déjà comme ceux qui préfèrent le mal au bien, toujours avec de bonnes excuses, notamment celle selon laquelle rudoyer les petits serait une preuve de l’amour pour ces petits, que c’est « pour leur bien ». Évidemment, les maîtres se garderont bien de dire qu’ils vénèrent l’argent, ils affirmeront qu’ils font preuve de responsabilité pour le bien commun et que cette charge mérite bien une belle rétribution, due par tous les autres. Voilà là un bien bel exemple de novlangue. Celui qui subit doit se taire car il n’est pas un « sachant », il n’a pas la conscience ni la maturité nécessaire pour comprendre et celui qui ose parler doit être écarté au nom de l’intérêt général, toute brutalité étant alors autorisée contre l’impudent qui montre l’injustice du doigt. Il faut faire des exemples !1 Personne n’ose plus dire que le roi, le prince de ce monde, est nu.

    Ouvrez votre Bible à Am 2,5
    Votre Bible ! Pas l’internet !

    Amos, le pâtre, le paysan, ne disait pas autre chose dans ses dénonciations des villes pécheresses. Et les méchants ne réagissaient pas différemment lorsqu’ils lui intimaient de se taire. « Prophète de malheur » n’est pas une vaine expression : celui qui se présente pour accuser celui qui choisit sciemment le péché n’est jamais bien reçu. Un prophète est bizarre, il n’annonce pas de bonnes nouvelles, il râle sur les autres. Qui plus est, quand il vient d’en-dehors de la ville, étranger aux bonnes manières et aux beaux usages, il n’en est que plus dérangeant. Quelle meilleure définition d’un plouc, d’un yokel comme on dit au pays d’Amazon et d’Halloween ?

    Mais le plouc, s’il rougit sous les coups, n’a pas à rougir de lui-même. Il n’est évidemment plus le paysan d’autrefois (désormais remplacé par l’exploitant agricole) mais continue à désigner ceux qui endurent leur labeur, se contentent de parler de choses simples et terre-à-terre, font preuve d’une ridicule morale dans la menée des choses du monde et qui sont si peu raffinés en comparaison avec ceux qui possèdent le « savoir-être ». Mais le sucre blanc aussi est raffiné et s’il a une saveur plaisante au palais, il est extrêmement dangereux pour la santé. La santé, le plouc se la détruit généralement en réalisant les besognes essentielles ou en entretenant les résidences secondaires de ceux qui l’ont poussé hors de sa terre natale pour s’y installer. Certains de ces ploucs lutteront durement pour « réussir » et « gravir les échelons », pour pouvoir à leur tour regarder le monde de haut ; d’autres se résigneront et vivoteront pour conserver leur situation (ce qui n’est aucunement un jugement de valeur, la première vengeance des méchants étant de menacer d’affamer le petit) ; d’autres enfin relèveront la tête pour affirmer que la route qui leur est imposée n’est pas la bonne : les prophètes.

    Mais comme Jésus l’a affirmé aux apôtres : « Si l’on ne vous accueille pas et si l’on n’écoute pas vos paroles, sortez de cette maison ou de cette ville, et secouez la poussière de vos pieds » Mt 10, 14. Il en va de même pour Amos qui s’en retourna chez lui quand ceux qu’ils dénonçaient complotaient à sa perte. Mais s’en retourner où ? Les provinces de France et d’Europe, dépeuplées et méprisées, ne demandent qu’à vous accueillir, même si elles aussi perdent peu à peu leurs riches singularités pour adopter -plus par la force des choses que par adhésion enthousiaste- ce mode de vie envahissant qui marie la « culture » américaine et le contrôle social numérique à la chinoise.

    Prenons l’exemple de la Picardie où j’ai grandi et où je vis. « L’histoire de l’antique France semble entassée en Picardie » affirmait l’historien Jules Michelet. Le piqueur, le piocheur, celui qui grattait la terre, nourrissait son propre peuple. Ce qui ne l’empêchait pas d’utiliser son esprit avec talent, au point de constituer une nation à part entière au sein de l’université médiévale de Paris, la plus brillante alors en théologie, la reine des disciplines. Et le vaillant picard compta longtemps parmi les régiments les plus recherchés en Europe. Aujourd’hui la Picardie n’existe plus que dans les brochures touristiques et a été gobée par les Hauts-de-France2. Le picard qui alliait noblesse et humilité ne vit désormais plus que sous perfusion de Netflix et ouvre sa barrière avec une télécommande, sans bouger de derrière son volant. Hormis le climat, quelle différence désormais avec un bourguignon, un breton ou un savoyard ? Quelles valeurs sont les siennes ? Les mêmes que toute autre personne exposée à la vulgarité des écrans et au matérialisme édicté en nouvelle loi naturelle.

    Être plouc c’est aussi refuser cela. Se détourner des réseaux numériques malgré les railleries qui nous font passer pour des « arriérés » qui ratent tellement de choses : mais est-ce être demeuré que de ne pas s’abrutir ? Résister au tout matériel pour laisser de l’espace au spirituel et au rythme naturel : là aussi les moqueurs agressifs se gausseront et nous pointeront du doigt en nous accusant de refuser le Progrès, l’idole des modernes. Mais quand la maladie progresse, ce n’est pas une bonne chose. Et refuser de courir toujours plus vite quand il n’y a qu’un mur sans porte devant nous, ce n’est pas un signe de peur ou de désertion, c’est simplement du bon sens. Quant aux sarcasmes au sujet de notre naïveté, il faut plutôt s’en réjouir : le naïf n’est pas cynique ni compliqué, il garde la simplicité de l’enfant face aux choses. Ce n’est pas être idiot ou mou, bien au contraire. Il faut une grande force pour tenter de garder un esprit doux et bon dans un monde qui nous brutalise. Il est tellement facile de se laisser aller à la méchanceté et de se trouver des excuses ensuite. Nous, pécheurs, le savons fort bien car nous y succombons aussi, nous ne sommes pas parfaits, alors ne prétendons jamais l’être.

    Résister ce n’est toutefois pas s’exposer volontairement aux coups ou au mal. Il est également nécessaire de se protéger. L’isolement est une manière d’échapper au tohu-bohu qui règne. S’installer et demeurer : voilà la manière de fonder de nouveaux monastères, des lieux de préservation et de ressourcement au milieu de la tempête. Il ne s’agit pas de fuir le monde mais de se préparer à s’y aventurer de nouveau, de préserver un lieu épargné par les désordres des faux-prophètes qui nous promettent l’immortalité par nous-mêmes. Seul le Hollandais Volant navigue sans jamais faire escale dans aucun port… Il était maudit.

    C.

    1. Les Sentiers de la Gloire, film de Stanley Kubrick tiré d’un roman, illustre bien ce fonctionnement : des généraux coupés des réalités, qui prennent des décisions absurdes, des soldats qui en paient le prix, qui sont en sus condamnés à mort pour les erreurs de leurs chefs tandis que le commandant de terrain est raillé pour son analyse lucide et humaine. Le tout évidemment dans le respect des règles édictées. Quelle meilleure métaphore du management moderne et, plus largement, de nos société idolâtres ? ↩︎
    2. Pourquoi les Hauts-de-France alors que ce pays est plat comme ma paume de main ? Tout simplement parce que la nouvelle région est située en haut de la carte… Car à quoi sert de trouver le Nord à l’heure des GPS ? Les décisions administratives (mais après une consultation de la population sera-t-il répondu !) participent de la perte de savoirs et de réflexion. Car quoi de mieux qu’une population qui ne réfléchit pas pour mieux décider pour elle ? ↩︎
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  • Résolution

    La tradition veut que la nouvelle année débute par la formulation des vœux. Je n’y déroge pas et je vous les présente donc : une bonne année et une bonne santé ! Et que la Providence vous soit du meilleur secours. Ces vœux ne sont d’ailleurs jamais que la redite de notre prière quotidienne : « que ta Volonté soit faite, sur la terre comme au ciel ». Car comme me l’a rappelé l’Abbé Noël lors de mon retour à la Foi il y a plus d’une décennie, « n’oublie pas que Dieu n’attend qu’une chose, c’est que nous soyons heureux« . Mais comment faire ?

    Le CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, excellent dictionnaire en ligne) nous apprend que le sens du mot RÉSOLUTION a évolué dans le temps. D’abord « dissolution, réduction d’un corps en ses éléments »(1275-80), le mot a ensuite exprimé le « retour d’un organe tuméfié à un état normal » (1314) puis le « fait de se déterminer, décision » (1480 ) mais également le « relâchement (d’une tension) » (1572). Prendre une (bonne) résolution reviendrait donc à décomposer un élément -un comportement problématique par exemple, à l’analyser pour délier le nœud qui nous bloque. Le tout avec fermeté et surtout pour retrouver un état originel. Se résoudre c’est donc (se) réparer avec énergie. Quelle meilleure définition de la part humaine1 insufflée par notre Créateur au sein de la Providence ?

    Reste à savoir quelle voie emprunter ? Mais n’est-ce pas pour cela que nous nous souhaitons rituellement -et sincèrement- « bonne santé » ?

    Qui va trinquer ?

    Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous ? 1 Co 6, 19

    Saint Paul parlait d’abord là de débauche. Et s’il s’adressait aux païens de son temps, cela demeure un sujet hautement contemporain et sur lequel on pourra longuement revenir. Mais la débauche n’est pas le seul péché contre le corps. Excusez-moi par avance de parler crûment, mais commençons par arrêter de nous remplir de merde ! Oh, ce n’est pas évidemment de notre seul fait. Les jardins d’antan ont été confisqués en échange d’un « pouvoir » d’achat bêtement gagné et obligatoirement dilapidé contre des produits bas-de-gamme au supermarché. Nos marches quotidiennes pour aller travailler ont été remplacées par une obligation de rester assis et compensées par des parcours-santé artificiels (du moins pour ceux qui ont encore l’énergie de bouger après leur journée de travail).

    Quant à la santé mentale, nos échanges -dans la rue, dans un café, dans les transports, partout ! – se cantonnent désormais à tapoter sur un écran après avoir été gavé d’images idiotes, violentes et loin d’être édifiantes (et ne croyons pas que le danger de régression cérébrale ne concerne que les jeunes générations, toutes sont concernées par l’abrutissement causé par les « contenus »). Quoi qu’il en soit, comme disent les anglais, si tu te jettes dans un puits, l’heureuse Providence n’est pas tenue de venir t’y chercher.

    Certes, la santé ne dépend pas que de nous : nos gênes2, nos conditions de vie, notre rythme, un inconnu malfaisant, un imprévisible : rien de tout cela ne peut être prévisible. Pour autant nombre d’efforts sont à entreprendre par nous-mêmes. Doucement, progressivement, avec mesure, quotidiennement, avec persévérance. Comme le sport ou la prière, rien ne sert de vouloir aller trop vite ; la pleine santé physique ou spirituelle ne s’acquiert que dans la durée.

    Comment faire me direz-vous ? A cette question, je ne peut qu’inciter chacun à rechercher par lui-même, en usant du bon sens. Par exemple, si vous ne comprenez pas les mots qui figurent sur la composition du produit que vous tenez en main, alors ne le mangez pas. Et si vous cuisiniez plutôt aujourd’hui ? L’internet est un outil puissant qui ne regorge pas que d’inepties, sachons l’utiliser. Et plutôt que d’y chercher la meilleure photo du plat dont on rêve, prenons la première recette qui nous paraît réalisable selon nos capacités et mettons nous au fourneau ! Le plaisir ne doit pas être dissocié de l’effort. Comme pour la prière. Ceux qui se ressourcent dans l’Adoration silencieuse, dans une église, la campagne ou simplement le ronronnement feutré de son domicile, comprendront sans mal.

    Attention cependant à ne pas s’en vouloir de chuter de nouveau. Nul n’est infaillible, nul n’est parfait. Ceux qui prétendent l’être sont soit des menteurs, soit des monstres. Un saint véritable ne s’affichera d’ailleurs jamais comme sans failles, sans doutes ou sans péché. Tomber fait partie de notre nature. C’est bien pour cela que nous avons besoin de l’exemple du Christ, pour nous aider à nous relever. C’est bien pour cela que nous avons besoin de l’Amour du Père pour nous réparer. Voilà à quoi sert le sacrement de Réconciliation. Je sais que je retomberai, je fais tout pour ne pas que cela advienne, mais si cela devait arriver, Dieu m’ouvrira les bras si je suis sincère dans mon désir de changement. Refuser la tentation c’est aussi refuser ce soda, cet apéro, cette junk food. Et comme pour les mauvaises pensées, réussir à les éloigner fait parfois grogner mais remplit ensuite de tant de satisfaction et de joie.

    Frappez et l’on vous ouvrira.

    Dans un temple, on sanctifie le Seigneur. En sanctifiant notre corps, nous refusons l’idolâtrie prônée par la culture actuelle, c’est-à-dire que nous ne cherchons pas à « sculpter » notre physique pour le mieux le vénérer ou le faire vénérer. Non, nous le révérons comme saint, comme un cadeau qui nous a été fait et nous nous attachons à le rendre saint en l’épargnant des fautes évitables.Cela n’est pas simple et pourtant cela est si simple, comme pour la mise en œuvre de l’enseignement que Jésus nous a prodigué. Le premier pas est souvent le plus dur, sous les ricanements des méchants ou des peureux lorsqu’ils entendent « Je suis catholique pratiquant » ou lorsque vous leur dites « J’essaie d’arrêter de fumer ». Combien chercheront à vous décourager, certains parce qu’ils ont sciemment choisi le mauvais camp, d’autres parce qu’ils ont renoncé à réussir par crainte ou par résignation, d’autres encore parce qu’ils ne croient pas à la lumière…

    Mais le respect de soi, de cette partie de la Création que nous sommes, commence aussi par s’affirmer, pour son propre bien et aussi pour obtenir le respect des autres (le respect, non leur assentiment). La dignité en va ainsi. Et les ricanements cessent devant quelqu’un qui reste ferme. L’exemple fait parfois des miracles. Quant à ceux qui remplaceront l’ironie par la dureté et la méchanceté pour vous convaincre d’abandonner votre santé : vous aurez compris quel maître ils servent (Mt 12, 26).

    Bonne énergie à tous pour cette année 2026 et invoquons l’Esprit Saint pour qu’il nous accorde la Vertu de Persévérance.

    Te Deum laudamus,
    te Dominum confitemur.

    C.

    1. « La divine Providence, ce sont les dispositions par lesquelles Dieu conduit ses créatures vers l’ultime perfection à laquelle il les a appelées. Dieu est l’auteur souverain de son dessein. Mais, pour sa réalisation, il utilise aussi la coopération de ses créatures. En même temps, il leur donne la dignité d’agir par elles-mêmes et d’être causes les unes des autres ». §55 du Compendium du catéchisme de l’Église Catholique ↩︎
    2. Combien de fois entend-t-on : « Il suffit d’avoir de la volonté » ?L’assertion prête à sourire quand on sait que le patrimoine génétique joue sur les comportements addictifs et compulsifs autant que les conditionnements psychologiques passés et présents. ↩︎
  • Le mouvement vers Rome

    Le Jubilé de l’Espérance s’achève et les portes saintes se referment peu à peu. Un Pape l’a ouverte, un autre la clôturera. Malgré un petit pincement au cœur, le même que l’on ressent lorsqu’on quitte une bonne compagnie, la vie continue, la vie commence. Et ceux qui on pu se recueillir sur la tombe de François n’auront pas manqué de le remercier. Même s’il a pu contrarier nombre de sensibilités, des plus progressistes aux plus traditionalistes en passant par les institutions établies, c’est là la marque qu’il a su nous remuer. Les ampoules, la sueur, la fatigue, les disputes pour trouver le bon itinéraire : cela n’est pas toujours agréable mais celui qui reste assis n’arrive jamais nulle part. Et qui sent d’avantage la brebis que la brebis elle-même ?

    La Pasteur nous a montré la voie, il nous guide mais personne ne marchera à notre place. Nous seuls pouvons et devons mettre un pas devant l’autre, sur des routes déjà tracées, des sillons à peine apparents ou des taillis épais où nous serons les premiers à poser le pied. Chacun avec une foulée plus ou moins longue et rapide. Je ne suis qu’un cheminant parmi d’autres et si j’écris aujourd’hui ce n’est pas pour annoncer que ma voie est la bonne et que je détiens la vérité. Non point. Je ne suis ni un gourou, ni un directeur de conscience. Juste un frère qui vous donne des conseils fraternels de ce qu’il a déjà vécu. Avec un peu d’expérience, d’échecs et de réussites. Nous partageons véritablement un seul but et il n’existe qu’une seule porte pour y parvenir :

    Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. Jn 14, 6

    Il ne s’agit pas d’un programme américain en 10 étapes, il n’y a pas de recette magique, de balance magique qui tranche à notre place de ce qui est bien ou mal. Il n’existe qu’une méthode, pour « progresser » : la radicalité, revenir au radical, à la source, au primordial. Et dans nos sociétés sécularisées, qui fêtent Noël sans savoir qui est Jésus, où les enfants connaissent tous les recoins de Poudlard mais ne sont jamais entrés dans l’église de leur village, la boussole des croyants doit montrer la direction du Vatican. Que l’on soit catéchumène, recommençant, converti de frais ou membre du conseil paroissial depuis six générations, tourner ses oreilles vers la parole éclairée est aussi utile qu’éclairant. Et dans notre monde, notamment dans une France indifférente (et même souvent hostile) aux catholiques, elle nous permet aussi de soigner l’usure et les blessures causées par la vie que nous menons dans ce monde impie voire même totalement soumis aux volontés du tentateur.

    Tout pèlerinage, qu’il soit physique ou spirituel implique toujours un retour là où nous avons été planté par Dieu. Comme avec la marée, le flux et le reflux permet d’assurer une bonne pêche. Après l’année jubilaire où chacun s’est engagée à la conversion du cœur, plein d’entrain à tenir ses bonnes résolutions, cette pêche peut être celle de bonnes pratiques. Il en va ainsi du pèlerinage comme des vacances, le plus difficile est de ne pas retomber dans les mauvaises habitudes une fois que le réveil se remet à sonner à 5h00…

    La vie spirituelle n’est pas différente du sport : tout le monde ne peut pas être Ussain Bolt mais tout le monde peut courir un peu, à son rythme, pour le bien quotidien de son corps et pour gagner en endurance. Tout est question de mesure, de plaisir, de santé : une belle foulée qui fait du bien pour aller dans la bonne direction. En clair ? Quelques étirements, un bon petit-déjeuner, suffisent à une bon début de journée. La prière, la lecture des textes du jour (cf. en-tête et bas-de-page de ce blog), font partie de ces bonnes pratiques. Et si la mémoire ou le temps vous font défaut, il existe de bons sites ou applications pour vous servir de coach, comme Hozana ou Prier dans la Ville (et c’est un allergique au tout-numérique qui vous les conseille). Mieux vaut penser un peu à Dieu une fois dans la journée que pas du tout. Il n’est pas encore l’heure de présenter une thèse sur la théologie morale.

    Se tourner vers Dieu ne permet pas d’obtenir un plaisir immédiat, une récompense automatique. Il ne s’agit pas de magie, mais de Foi. Le chemin est long. Il y aura même des pleurs et des grincements de dents. Mais quand on marche, savoir que l’on est sur la bonne route et voir l’horizon se dégager, apprendre à s’extirper de l’ornière ou à reconnaître les bonnes plantes des champignons empoisonnés, tout ceci redonne du baume à cœur.

    L’évangile d’abord. L’Église est là pour nous rappeler que la meilleure des cartes est indéchiffrable à celui qui ne sait pas la lire mais il n’appartiendra jamais qu’à nous de faire le choix de la route et de nous y engager.

    C.

  • La Foi est une dynamo

    La Foi est comme une dynamo.

    Parfois ardue à dégripper, difficile à alimenter quand la pente est raide…

    L’effort donnera toutefois toujours de la lumière.

    Une roue qui ne tourne pas ne mène nulle part.

    P.S. : et en descente la dynamo tourne sans effort !

    C.

  • Hello world!

    Le peuple n’est pas une multitude amorphe, une masse inerte à manipuler et à exploiter, mais un ensemble de personnes dont chacune — « à la place et de la manière qui lui sont propres » — a la possibilité de se former une opinion sur la chose publique et la liberté d’exprimer sa sensibilité politique et de la faire valoir en harmonie avec le bien commun. art. 385 du Compendium de la Doctrine Sociale de l’Église.

    Les enseignants rencontrés dans ma médiocre scolarité m’ont toujours asséné qu’un texte, quel qu’il soit, ne doit jamais débuter par une citation. Encore une fois, je ne les écouterai pas. Peut-être aurais-je du et serais-je autre chose qu’un conducteur-livreur à 45 ans, dans une province désertée. Noble métier au demeurant et surtout très utile, essentiel, à la grande famille du commerce mondial. Et s’il est assez ingrat, il permet toutefois de se frotter à la réalité humaine, bien plus que derrière n’importe quel écran. Comme pour toute activité, le numérique est un bel outil ; mais sans matière à travailler un atelier aussi complet soit-il n’est qu’un décor qui ne crée rien.

    Se frotter aux clients de toute sorte, à l’intrigante vie de l’entreprise, aux autres petites mains d’autres secteurs qui galopent sur les routes pour les autres, être un simple rouage et en avoir conscience : voilà une source d’enseignement. Encore faut-il vouloir être enseigné. Un hamster qui court dans sa roue a-t-il envie d’en être avisé ? Il est souvent bien plus sécurisant, moins risqué, plus confortable, que de continuer à courir, même si l’on ignore pourquoi. Quel rapport avec l’Église ? Quel place pour Dieu dans tout cela ?

    Les pieds sur terre….

    Simplement, très simplement, comme un perdu emporté par le flot d’un torrent en crue, il suffit de lever les yeux pour découvrir la branche qui surplombe les eaux et à laquelle on peut s’accrocher pour échapper à la noyade. Il en va ainsi de l’existence : le choix, celui de lever les yeux, celui de tendre les bras, celui d’être sauvé. Et une fois les pieds au sec, il ne s’agit pas de tourner le dos à ceux qui surnagent encore ; les interpeler simplement peut parfois suffire à ce qu’à leur tour ils lèvent les yeux.

    Mais qu’ai-je donc à raconter de si important, de si différent, pour m’autoriser à demander un peu de votre temps et de votre attention ? Je ne suis pas un expert, je ne suis pas une pointure dans aucun domaine, je n’ai pas vécu d’aventure extraordinaire ni de malheur suffisamment ignoble . Je suis simplement sur le chemin, à un point quelconque, après m’être perdu souvent, connu de monotones lignes droites et quelques arrêts forcés. Mais je continue à regarder l’horizon, là où le ciel et la terre se rejoignent et où nous finirons tous par arriver.

    Ces quelques paragraphes ne sont évidemment pas le cœur de la réflexion (et de l’action) que je souhaite exposer et ils seront suivis par bien d’autres (si je ne tourne pas le dos au don de persévérance et à la vertu de discipline). Il me semblait simplement bon d’introduire le pourquoi de ce blog et d’où je parle. Sans pour autant me justifier de m’exprimer : cet atavisme propre aux petites gens n’est plus le mien. Douceur et humilité : oui. S’excuser d’exister et de réagir : non. Dieu fait homme a lui aussi ressenti la tristesse et la colère ; l’imiter est notre vie en transformant cela en joie de l’espérance.

    …les yeux vers la Lumière.

    Prends la parole en faveur du muet, pour la cause de tous les affligés ; prends la parole et dis le droit pour la cause du pauvre et du malheureux ! Proverbes 31, 8-9

    Il est d’autant plus simple de prendre parti de ceux dont on partage l’existence et la façon de vivre. Et si chaque jour je mange à ma faim et je dors à l’abri, il m’est difficile de continuer à regarder défiler (et à marcher avec) les colonnes de zombies qui n’ont que le mur du matérialisme en ligne de mire.

    Corps et âme sont indissociables, l’un et l’autre ne peuvent vivre de façon indépendante. Et c’est des deux qu’il faut prendre soin. Et quelle meilleure place que celle du plouc de campagne pour tenter de nourrir ceux qui en ont besoin ? Nourrir les corps certes grâce aux richesses de la Création mais aussi les esprits. En quoi serions-nous privilégiés, nous les simples manœuvres ? Comment un tâcheron peut-il prétendre à se poser en « donneur de leçons de vie » ? Simplement en mettant à profit le mal pour en faire un bien : être mis à l’écart de la fête (mais pas trop loin pour que nous puissions amener les bouteilles sur les tables avant de vider les poubelles) permet de l’observer et d’en comprendre les mécanismes et les enjeux. Le proverbe dit qu’aucun roi n’est plus grand que son valet. Reste à juger de ce que ce valet fera de ce pouvoir.

    J’ai gardé le titre proposé par l’éditeur du blog : Hello world ! Bonjour le monde oui. Car il est un temps pour apprendre, pour endurer, pour expérimenter, pour se tromper. Et si ce temps n’est jamais terminé, il se double d’un autre, celui de transmettre. Pour aider.

    C.